You do not currently have permission to view the full text for this document. Please sign in to an account with an active subscription or contact support.
Je n'ai cessé, surtout au cours de ces dernières années, de faire preuve d'une certaine perplexité à l'égard de la façon dont était souvent compris le concept d'interprétation et de la façon dont on continue à employer trop souvent ce concept dans le cadre de la théorie et de la clinique psychanalytiques.
I. Il faut tout d'abord noter que le terme allemand de Deutung employé par Freud a connu quelques difficultés dans ses premières tentatives de traductions en français à propos du travail de 1900 sur les Rêves. On a cherché à concevoir l'interprétation comme un acte purement scientifique et parfaitement neutre.
Ceci me conduit à une réflexion préalable d'ordre sémantique : on dit que l'analyste propose des interprétations alors que l'interprète, dans le sens habituel du terme, se limite à des traductions. Les deux substantifs ne sont pas du tout dans la même lignée opératoire.
Par contre on parle de l' « interprète » d'une œuvre théâtrale ou musicale et on sait bien à ce niveau que l'effort d'identification de l'interprète à l'auteur laisse la place à une « interprétation » personnelle conçue comme « proposée », mais en réalité imposée à l'autre.
Cette remarque me semblerait de nature à faire réfléchir l'analyste tant sur la « neutralité » qu'éventuellement aussi sur la « bienveillance » de certaines de ses attitudes conçues comme très innocemment « interprétatives ».
II. Une seconde occasion de perplexité me semble pouvoir provenir du fait qu'aucun psychanalyste, même celui qui se voudrait le « freudien » le plus fidèle, n'oserait opérer selon le mode sur lequel Freud administrait ses interprétations à ses patients. Or les interprétations de Freud nous paraissent éminemment pertinentes dans leur ensemble et nous voudrions souvent être capables d'en élaborer d'aussi brillantes.