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Thomas Mann et la psychanalyse de Jean Finck vient d'être publié dans la collection « Confluents psychanalytiques » dirigée par Alain de Mijolla. Très intéressant et documenté, ce livre peut être la source de réflexions concernant aussi bien Freud que Thomas Mann2.
Finck fait une hypothèse très intéressante dès le premier chapitre : le tournant dans la vie de Thomas Mann qui s'est opéré après la première guerre mondiale, aussi bien dans sa vie personnelle et politique que dans sa création littéraire, serait lié à l'influence de Freud dont pourtant il déclare n'avoir lu les œuvres qu'à partir de 1925 et qu'il a rencontré le 16 mars 1932 à Vienne.
Certes, l'intérêt de Mann pour la psychologie a toujours été important. Mais Finck nous montre bien qu'il est lié pour une part au manichéisme latent dans la littérature ambiante de l'époque où, de Paul Bourget à Strindberg, on met en avant des héros, intellectuels tourmentés qui ont « deux âmes dans une même poitrine », les opposant à l'homme vulgaire qui s'adonne aux plaisirs de l'existence, personnifié par le bourgeois repu. Tous ces auteurs séparent l'esprit et la vie, s'intéressent à divers aspects de la psychopathologie et à l'hypnose. L'autre source est la culture allemande traditionnelle et tout spécialement Schopenhauer et Nietzsche.
Mais ces éléments paraissent à Finck insuffisants. Il analyse de façon astucieuse, dans certaines pages de La montagne magique, les conférences du psychanalyste Krokovski ; celles-ci sont le décalque de passages des Trois Essais. Aussi met-il en doute l'affirmation de Mann qu'il n'aurait pas lu sérieusement les œuvres de Freud : « Les Trois Essais, nous dit-il, ont dû attirer son attention par le scandale bien connu qu'ils ont produit auprès de ses contemporains mais, comme eux, il a dû ignorer la Traumdeutung. » Finck, n'y voyant qu'une parodie outrageuse, demande si Mann se dédommage ainsi de sa perplexité.
Pour lui, Krokovski est une caricature de psychanalyste et il en prend pour preuve