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Comment émerger du sans issue ? Comment surmonter la détresse et l'asphyxie des impasses intellectuelles, affectives et existentielles, où l'homme, trop souvent, s'enlise ? Comment trouver la voie qui autorisera de fouler — enfin — un sol que ne ravinent pas embarras, doutes et anxiété, une terre qui permette de s'orienter — parce que tout ne serait plus indifférencié et équivalent ? Les deux livres de S. Kofman, l'un sur la base d'une lecture de Platon, l'autre en référence à un texte de Freud, tentent de se mesurer avec cet ambitieux questionnement.
Le premier, attentif à la langue grecque, aux péripéties des traductions impatientes, commence par dissiper la banalité qui réduit l'aporie à la difficulté et le poros au chemin. Décisivement, il donne à penser l'aporie comme l'inextricable et l'angoissant d'une situation — se perdre, par exemple, dans la mouvance pure de la mer, dans son règne sans fin et sans repères, s'égarer aussi dans la confusion et les contradictions du langage — et le poros comme l'invention, toujours neuve, d'un passage, l'inédit d'une ouverture quand tout semble l'interdire. Or, pour déjouer les pièges de l'aporie, pour dénouer ses filets, affronter ses tempêtes comme Platon se plaît à le dire, ruse et intelligence sont de mise. Et il semble bien que, sur ce point, la prestigieuse puissance des sophistes — en dépit des vertiges où ils entraînaient — ait fasciné les philosophes. Car si le sophiste tourne en dérision le langage, « fait revenir le logos à l'état de chaos », confond l'être et le non-être et, donc, met dans l'aporie, ses astuces et son adresse, ont pu conduire le philosophe à lui emprunter sa technique, quitte à la retourner contre lui. L'auteur souligne, très justement, que l'enjeu de cette rivalité, de cette lutte à mort de deux frères ennemis, met en cause le statut même de la philosophie et de ce qu'elle laisse espérer. Elle montre comment le philosophe, à l'instar de son inséparable double, s'exerce à tourmenter les hommes, à