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« Cartas le fueron venidas que Alhama era ganada : las cartas echo en el fuego, y al mensagero matara. » (« Des lettres arrivèrent disant qu'Alhama était prise. Les lettres il les jeta au feu et il tua le messager. ») Telle est, rappelle Freud dans sa lettre à Romain Rolland, « la célèbre complainte des Maures d'Espagne, Ay de mi Alhama qui raconte comment le roi Boabdil accueille la nouvelle de la chute de sa ville d'Alhama. […] On comprend facilement que dans ce comportement du roi, ce qui est en question, c'est le besoin de combattre son sentiment d'impuissance. En brûlant les lettres et en faisant mettre à mort le messager, il cherche encore à démontrer l'intégrité de sa puissance ».
Loin d'être étrangères aux thèmes dont chacun débat dans le cours d'une psychanalyse, les images d'impuissance et de violence que tout parent connaît lorsqu'il apprend que son enfant est atteint d'une maladie mortelle prennent dans le vif de la situation un tel caractère de vérité, elles sont tellement réalistes qu'il n'est guère possible d'apercevoir leurs amarres fantasmatiques.
J'admets qu'à s'en tenir au destin psychique assigné par Freud aux traumatismes qu'un enfant ou un adulte peut connaître dans son existence — à savoir que ces traumatismes en étant voués à la répétition plutôt qu'à la remémoration, œuvrent davantage au maintien du refoulement et de la résistance qu'à leur levée —, la pertinence d'une réflexion psychanalytique centrée sur les effets d'une maladie grave chez l'enfant peut à bon droit être mise en doute. Toutefois, pour qui s'intéresse aux parents, à la réalité psychique des parents, l'expérience montre que — semblable en cela au roi des Maures — ils s'engagent dans une lutte soutenue, si coûteuse soit-elle à terme, pour colmater les profondes lézardes que la maladie de l'enfant porte à leur toute-puissance infantile.