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Il n'est pas de deuil plus déchirant, au sens propre du terme, d'amour plus malheureux dans la mythologie que celui d'Orphée pour Eurydice. Il faudra attendre Tristan et Iseult, Roméo et Juliette pour retrouver de telles passions amoureuses, aussi célèbres et tragiques. Ainsi l'histoire d'Orphée peut-elle nous aider, avec toute la richesse d'un mythe ancien et complexe, à mieux comprendre dans une optique psychanalytique l'origine, la nature et le devenir de la passion amoureuse, malgré les difficultés d'une telle entreprise.
La passion, comme son étymologie l'indique, est une souffrance, subie passivement car imposée par un déterminisme supérieur à la volonté du sujet. Que ce soit le destin, Dieu ou Eros avec ses flèches, il y a une aliénation dans l'autre, au profit de l'objet, où l'amour confine à la folie. De cet affrontement aux limites de l'être, elle tire à la fois son danger (celui de l'amour fou ; la mort, les psychoses passionnelles) et sa valeur créatrice lorsque le sujet parvient à s'en rendre maître. Cette situation rappelle et répète l'état de dépendance de l'enfant par rapport à sa mère, la folie maternelle originaire dont parle A. Green, et la détresse infantile (Hilflosigkeit) dont Freud a le premier dit l'importance. Surtout, cet amour insensé nous évoque l'inévitable folie du transfert, et ses formes passionnées qui intéressent tous les analystes, même s'ils n'y sont pas fréquemment exposés, car on peut dire qu'une certaine dose de passion constitue dans tout transfert le point le plus difficile à résoudre, qu'il soit apparent ou caché.
Pour Freud, « Le facteur déterminant infantile confère à l'amour son caractère compulsionnel et frisant le pathologique. L'amour de