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« Une part du sentiment d'estime de soi est primaire, c'est le reste du narcissisme infantile, une autre partie a son origine dans ce que l'expérience confirme de notre toute-puissance (accomplissement de l'idéal du moi), une troisième partie provient de la satisfaction de la libido d'objet. »
Ce texte, mis en exergue, nous indique, par ces trois couches de sédimentation de l'estime de soi, les trois âges de la formation du narcissisme, depuis son état infantile, jusqu'à un état adulte. C'est cette proposition initiale que nous travaillerons dans la perspective freudienne.
Dans un premier temps, nous nous appliquons à faire une certaine exégèse du texte freudien. Nous produisons ensuite quelques exemples cliniques, dans le but de bien montrer l'enracinement d'une pensée théorique sur le terrain d'une pratique analytique.
Nous prendrons, comme texte de base, l'ouvrage tout à fait central de la pensée freudienne sur le narcissisme : Pour introduire le narcissisme (1914)1. A partir de ce texte, nous rayonnerons vers d'autres travaux de Freud, qui sont autant de tentatives nouvelles pour répondre à la question posée dans l'Introduction.
A) Lorsqu'il annonce son sujet d'étude, Freud écrit, au tout début de son Introduction :
« Nous eûmes un motif impérieux de nous intéresser à l'idée d'un narcissisme primaire normal, lorsqu'on entreprit de soumettre la conception de la démence précoce (Kraepelin) ou schizophrénie (Bleuler) à l'hypothèse de la théorie de la libido. Ces malades, que j'ai proposé de désigner du nom de paraphrènes, présentent deux traits de caractère fondamentaux : le délire des grandeurs et le fait qu'ils détournent leur intérêt du monde extérieur (personnes et choses). (…) Mais le fait que le paraphrène se détourne du monde extérieur doit être caractérisé avec plus de précision. L'hystérique, ou l'obsessionnel, a lui aussi abandonné, dans les limites de sa maladie, sa relation à la