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Le livre de J.-C. Arfouilloux, Enfants tristes, s'adresse à la fois aux pédagogues et aux analystes. L'auteur fait en effet partie de ceux qui croient que l'analyse peut se poser de nouvelles questions quand on l'applique à autre chose qu'à elle-même, et qu'elle peut apporter un éclairage spécifique dans leur domaine aux non-analystes, qu'ils soient médecins ou pédagogues.
L'objectif d'Arfouilloux auprès de ceux-ci est de leur rendre sensible la tristesse latente chez l'enfant. Pour qui n'a pas fait d'analyse, il est bien plus difficile de concevoir un affect réprimé qu'une représentation refoulée. Un éducateur reconnaîtra facilement l'aspect de ses imagos qu'un enfant représente, sans le savoir, par son jeu ou son dessin. Mais il tendra toujours à supposer qu'un affect inconscient est un affect dissimulé. Dans le cas particulier de la dépression, comme le montre très bien Arfouilloux, l'affcct de tristesse heurte de surcroît la représentation idéale que nous avons tous de l'enfant. Un enfant nous doit d'être heureux, ou à tout le moins d'être consolable. Il faut donc beaucoup de clarté et de talent d'exposition pour montrer la tristesse latente d'enfants dont le comportement manifeste est très éloigné de la dépression. Masquée par l'agiration, l'agressivité, l'incapacité d'apprendre, la dépression des enfants qu'Arfouilloux dépeint apparaît quand on compare les observations de leurs comportements et les entretiens psychanalytiques. Elle est, dans chacun des cas rapportés, l'élément qui met en place le reste du puzzle que constituent des aspects en apparence très disparates.
Mais à l'analyste qu'est Arfouilloux, les enfants tristes suggèrent des interrogations nouvelles. La plus importante concerne la séparation. Depuis Deuil et mélancolie nous avons pris l'habitude de traiter le deuil comme le prototype de toute expérience de séparation. D'un objet dont nous sommes éloignés, mais qui reste vivant, nous disons trop facilement que nous avons à en faire notre deuil. Arf