You do not currently have permission to view the full text for this document. Please sign in to an account with an active subscription or contact support.
A propos du film de Cari Th. Dreyer Gertrud
Les Grecs avaient inventé pour inspirer les créateurs — presque essentiellement des hommes — des créatures mythiques féminines, les « Muses ». Les Grecs avaient la détestable et géniale manie d'avoir réponse à tout puisqu'ils posaient question à tout.
Des femmes irréelles, personnificatrices du menos inspirateur, du génie de la poésie ou de la musique ! Des femmes quasi immortelles mais qui ne vivaient plus ! Très persécutrices en fait car lorsque le poète n'avait plus rien à dire, la « muse » cruellement lui faisait sentir son inanité. Cruauté et santé grecques, aurait dit Nietzsche !
Les dernières « muses » auraient-elles parlé avec Musset : « Poète, prends ton luth » et avec Rilke sous la forme des anges des Elégies de Duino…, pour la dernière fois ?
Ou bien la « femme », médiatrice, porteuse d'art et de beauté, aurait-elle voulu parler autrement que les muses — parler « réellement », avec mortalité s'entend — donc narcissisme? Nul doute que les « hystériques » de « Charcot-Freud » furent des muses, Anna O. fut la muse de la psychanalyse, comme plus tard et d'une manière plus soutenue et peut-être plus tragique, Sabina Spielrein et Lou Salomé.
Le film admirable de Dreyer est tiré d'une pièce qui sans aucun doute « sent » et « renvoie » sa date de composition. On la dirait, à travers le palimpseste du film, écrite pour Freud. Je veux dire que Freud en eût fait un admirable compte rendu d'analyse, mais le film n'est pas la pièce que d'ailleurs je ne connaissais pas. Il transcende sans cesse les « données » problématiques de la psychologie de la pièce et de l'héroïne. Et c'est cela qui est formidable.
Une femme, cantatrice, traverse une société et l'existence de divers hommes. C'est une noble figure de femme, douloureuse, inquiète, créatrice et vulnérable. Elle fait pendant à « Lulu » qu'elle ne cesse d'évoquer tout en se montrant absolument à l'opposé, La figure grave de