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Aux francophones qui lisent Freud dans la version de Strachey parce qu'ils jugent trop imparfaites les traductions disponibles en français, ne faut-il pas proposer un texte suffisamment bien conçu dans leur propre langue pour leur éviter ce détour par l'anglais dont l'illogisme saute aux yeux ? Ce ne serait pas oublier pour autant qu'une traduction ne coïncidant jamais parfaitement avec le texte premier, elle atteint par paradoxe l'un de ses buts si elle donne au lecteur l'envie de s'y reporter. Les traducteurs seraient donc bien ces « entremetteurs officieux » dont parle Gœthe, « qui nous vantent une belle à demi voilée comme éminemment charmante » et « éveillent en nous une irrésistible attirance vers l'original ».
Toute traduction reste d'ailleurs soumise au jugement des censeurs et l'on voudrait tempérer quelque peu la sévérité qui est actuellement de mise à l'égard des premières traductions de Freud : outre le mérite d'exister, elles ont parfois (souvent ?) de très appréciables qualités intrinsèques. L'esprit dans lequel se sont élaborées et continuent de s'élaborer les nouvelles traductions se caractérise par une exigence de rigueur accrue et le souci d'une réflexion méthodologique.
Aimablement formulé, le reproche essentiel que l'on pourrait adresser aux premières traductions serait d'être, selon l'expression de Georges Mounin, de « belles infidèles », autrement dit de rester trop loin du texte. Mais ne furent-elles pas menées à bien à une époque où les conseils de Gide aux traducteurs, dans sa lettre à André Thérive, faisaient autorité : « Le souci de la littéralité, […] qui de nos jours tend à prendre le pas sur le reste, devient parfois néfaste […] Je crois absurde de se cramponner au texte de trop près » .
Généralement trop loin du texte donc, ces premières traductions