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Lorsque Pierre Luquet me proposa le thème de ce rapport je fus longtemps ballotté entre le Charybde de la transmission et le Scylla de la formation, entre le processus analytique et le cursus analytique, entre la pratique de l'analyste et ses conflits institutionnels. J'ai pensé quelquefois que j'aurais dû refuser. Psychanalyste, de formation médicale et psychiatrique non reniée, sans attrait majeur pour l'enseignement et nullement porté à la propagation missionnaire qu'allais-je donc faire dans cette galère?
Hélas, pour moi, des récits d'enfance, mes rêveries nourries aux mythes familiaux, avaient laissé leurs traces. La retraite au désert, le donjon d'Aigues-Mortes, l'exil ou les errances en mer avaient donné aux galères un autre sens, celui de la liberté intérieure, du prix de la différence, de la fidélité, celui du témoignage proclamé de son identité et du nécessaire partage pour survivre de quelques traditions à retrouver et à transmettre. Or nous savons tous ici que l'on n'échappe pas à ses origines; tout au plus la vie et la psychanalyse aidant peuvent en remanier les effets, mais d'autant plus aisément qu'il n'y a pas de reniement. La psychanalyse n'est donc pas pour moi conversion, bien qu'elle soit, je l'espère, changement: elle n'est pas rupture. Je reconnaissais là quelque galère familière et me souvenais alors qu'après la tempête le voyage n'en apparaît que plus grisant.
Au long de mes errances et de mes refus, quelque chose se précisa: suivre le fil de la transmission comme une ligne de crête, à la jonction du processus analytique et du processus de formation, la repérer dans ses effets, ses représentations, les différents registres où elle