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On ne donne jamais que ce que l'on n'a pas. La formule est connue. Elle signifie pour le sens commun que l'authenticité du don implique un parfait renoncement de la part du donateur, et qu'il est vain d'espérer que quiconque puisse se détacher totalement de ce qu'il a vraiment investi comme sien.1 Dans le même esprit, il serait sans doute permis de dire — et on l'a dit pour la psychanalyse — qu'on ne transmet jamais rien qu'on se soit véritablement approprié. Transmettre, en effet, n'est-ce pas d'un certain point de vue passer à un autre à la suite, en s'effaçant pour ainsi dire soi-même, le don venu d'un prédécesseur, d'un tiers, sans le détourner ni le retenir d'aucune façon à son profit?
Ces formulations provocantes et d'apparence — mais jusqu'à quel point? — contradictoires méritent plus qu'une simple mention dans le florilège des opinions sur la transmission, que Claude Girard a si attentivement dressé, et ne peuvent, à mon avis, se résoudre par le seul appel à la paradoxalité et au caractère transitionnel de l'expérience psychanalytique, privilégiés par Jean-Luc Donnet.
Elles ont, dans cette rédaction ou dans d'autres, voisines, servi de mot de ralliement à nombre d'analystes dans les dernières décennies, et en ont irrité beaucoup d'autres. Elles ont probablement des conséquences considérables sur toute la conception de la formation, et peuvent déterminer ou cautionner, selon qu'on les accepte ou les rejette, des attitudes opposées jusque dans la pratique de la cure psychanalytique première — dite ou non didactique — des candidats analystes.
Je suis donc d'avis qu'on les examine et les discute à fond. Elles forment sans doute un des points chauds de la problématique sur laquelle