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C'est guidé par les nécessités de la clinique que Widlöcher se penche sur le problème de la dépression « comme un praticien qui répare du mieux qu'il peut l'état douloureux de son patient ». Ces nécessités sont pressantes puisque, à chaque instant, 100 millions de personnes dans le monde souffrent de troubles dépressifs requérant des soins.
Widlöcher souhaite échapper au dualisme fondamental qui sépare les dépressions endogènes des dépressions réactives et éviter tout réductionnisme. Pour lui, le débat entre organogenèse et psychogenèse ne fait que témoigner de la difficulté à accepter que l'action humaine dépend, à la fois, du fonctionnement cérébral et des relations psychiques établies avec les autres.
Pour ne pas entrer dans ce débat, l'auteur se situe sur le plan de la logique. Tout son ouvrage s'attachera à repérer les différentes logiques sous-jacentes aux diverses théories de la dépression.
Ainsi, le débat entre psychogenèse et organogenèse, les deux grandes et anciennes théories de la dépression, s'appuie sur une logique de la maladie qui emploie elle-même deux logiques — celle de la biologie mécaniciste et celle de la psychologie causale — différentes l'une de l'autre et qu'on ne peut confronter. Du point de vue biologique, l'homme est déprimé parce qu'une anomalie clinique affecte le fonctionnement de certaines de ses structures cérébrales; c'est une logique qui cherche à expliquer un mécanisme. Par contre, du point de vue psychologique, le déprimé est dans cet état parce qu'il a perdu son travail, parce que sa mère est morte quand il avait trois ans, parce qu'il a intériorisé un parent mauvais ou pour d'autres raisons; c'est une logique qui prétend retrouver les causes.
Une autre logique sous-tend la méthode clinique qui, sans attendre que la connaissance des causes et celle des mécanismes aient prouvé leur valeur, s'occupe de soulager le patient. Pour elle, le syndrome dépressif est caractérisé par deux traits principaux: la tristesse — nostalgie et remords