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Au début de ma formation de psychanalyste, je me suis hasardé à entreprendre l'analyse de criminels internés à Sainte-Anne comme malades mentaux. J'ai commencé par un homme ayant commis plusieurs meurtres, dont un parricide. A mon approche, celui-ci ne manqua pas de s'enquérir du but de ma démarche; sur quoi, je lui répondis en toute innocence que l'analyse que j'allais entreprendre avait pour but de provoquer un changement profond de son psychisme. N'en croyant pas ses oreilles, il fut secoué par un rire homérique qui dégénéra vite en un véritable fou-rire. Il n'hésita pas à me faire savoir qu'il était merveilleusement content de lui-même tel qu'il était et qu'il se souvenait de ses meurtres avec nostalgie, moments exaltants, inoubliables, qui lui procuraient une joie ineffable. Il ne fit aucune mention d'un aspect orgastique sexuel lié à cette joie et, de toute façon, je tiens à séparer la composante narcissique d'une éventuelle composante sexuelle sadique, ceci pour des considérations théoriques sur lesquelles j'aurai l'occasion de revenir.
Le plaisir, je dirai le bonheur ou la félicité, de tuer, je l'ai rencontré chez certains chasseurs que j'avais en analyse, dont une chasseresse. Ils ont tous précisé que le moment suprême de leur émotion coïncidait avec la chute subite de l'animal frappé à mort, si possible d'une balle unique, c'est-à-dire par une intervention strictement réduite au minimum idéal1. Le plaisir du chasseur provient non pas de l'illusion