You do not currently have permission to view the full text for this document. Please sign in to an account with an active subscription or contact support.
L'anorexie mentale représente l'un des syndromes spécifiques donnant un accès direct au thème de la violence.
J. et E. Kestemberg1 et moi-même avons étudié en 1972 cette pathologie « scandaleuse » de l'adolescence, qui nous place devant la destruction du patient par lui-même et devant le non-sens du fonctionnement d'un besoin primaire dans l'ordre de la non-satisfaction, avec une méconnaissance absolue du risque vital.
L'anorexie mentale brutalise notre pensée d'analyste en obligeant le thérapeute à assumer seul la proximité avec l'idée de mort, avec l'instinct de mort, déniés d'une façon encore plus incompréhensible ici, que dans le mode d'appréhension culturel général de l'arrêt de la vie.
Dans le travail cité, nous avons montré qu'en cette perversion tournée vers la désincarnation, fonctionne un auto-érotisme spécifique et violent, décrit comme l'orgasme de la faim, où s'unissent la jouissance et la mort. Cette constatation a conduit à des élaborations métapsychologiques pour lesquelles le masochisme foncier, la pulsion de mort, a pu être retrouvé dans l'orgasme de la faim à l'état de culture pure; ce qui renvoie à la théorie de la constitution du narcissisme: dans la mesure où l'apport extérieur narcissique n'a pas été suffisant en temps voulu, obligeant le sujet à s'auto-alimenter, la libido s'enferme dans un système clos où elle s'épuise et se dégrade. C'est cette auto-dégradation, d'une violence inéluctable, qui signerait la présence dans le fonctionnement psychique de l'instinct de mort à l'état pur.
Ces considérations rappellent le point de vue de S. Freud 2 distinguant l'agressivité de l'instinct de mort, et considérant que l'agressivité