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Jean Bergeret, dans son dernier livre [1], propose d'introduire la « violence fondamentale » à la fois en psychanalyse appliquée, en clinique psychanalytique et en métapsychologie. Jacqueline Cosnier, dans un autre article de cette livraison, fait part de ses réflexions sur les conséquences de cette introduction. Je ne reprendrai donc pas les éléments de cette discussion, mais j'accepterai ici de nommer comme lui « violence fondamentale » certains faits cliniques, métapsychologiques et sociaux. J'examinerai seulement si les mots « violence » et « fondamentale », reçus sans discussion dans chacun de ces domaines pris un par un, ont la même acception dans chacun d'entre eux.
Jean Bergeret reproche aux analystes d'interpréter trop vite les récits de violence qu'ils écoutent comme les contenus manifestes de fantasmes inconscients « agressifs ». Il distingue en effet l' « agressivité », de la « violence ». L'agressivité vise un objet significatif dans la constellation œdipiennedu sujet, elle est ambivalente, et donc conflictuelle. Pour la violence, les caractéristiques de l'objet sont contingentes. Elle ne l'attaque que dans la mesure où son existenceet celle du sujet sont incompatibles, mais c'est sans haine, ni bien sûr, sans amour. Typiquement, l'affrontement violent est un duel entre deux narcissismes. Les exemples en abondent dans la vie quotidienne, les œuvres littéraires, les mythes, et aussi les récits des patients.
Au cours d'une séance de psychothérapie, Patrick parle de sa nouvelle amie (Patrick est un jeune homme moderne, auprès de qui les femmes se succèdent rapidement sans qu'il paraisse y attacher une importance particulière, à ceci près qu'elles le protègent contre les crises d'angoisse dont il souffre plus souvent quand il est seul): « C'est une jeune femme très gentille, qui habite dans le même immeuble que moi, et que j'avais repérée depuis longtemps. Mais elle n'était pas libre. Il y a quinze jours, elle a été abandonnée par son ami, et elle s'e