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Jean Delumeau, professeur depuis 1975 au Collège de France où il occupe la chaire d'Histoire des mentalités religieuses de l'Occident moderne, a écrit de nombreux et importants ouvrages sur la Rome chrétienne, sur la Réforme, sur le Christianisme. Sa façon d'envisager les « mentalités » est précieuse pour nous car elle nous offre la possibilité de comprendre les racines culturelles de nombreux fantasmes et de certaines formes d'identifications que nous retrouvons quotidiennement chez nos patients.
Le présent ouvrage est la suite de La peur en Occident (Paris, Fayard, 1978) où Delumeau a étudié, de façon brillante et érudite, la peur telle qu'elle se manifesta au début de l'âge moderne. Il y distingue deux grandes sortes de peurs: celles du plus grand nombre ou peurs spontanées (peur de la mer, des ténèbres, de la peste, de la famine, des séditions) et celles de la culture dirigeante ou peurs réfléchies découlant d'une interrogation sur les malheurs des temps conduite surtout par des gens d'Eglise (peur de la venue de Dieu, de la fin du monde, de Satan et de ses agents supposés les idolâtres, les musulmans, les juifs, les femmes et les sorcières). A cause de la grande peste de 1348 et de celles qui la suivirent, des disettes, des guerres civiles et étrangères, de l'avance des Turcs, du Grand Schisme qui entraîna la double papauté, des guerres de religion enfin, les deux sortes de peurs se réunirent. Les élites se crurent encerclées par Satan, qui régnerait sur la civilisation rurale païenne qualifiéede diabolique et considérée coupable des châtiments envoyés par Dieu, et qui s'apprêterait à livrer son dernier combat. Le peuple, terrifié, accueillit la théologie angoissante qu'on lui proposait.
Cet ouvrage est fort éclairant pour la compréhension de l'imago du diable, telle que nous la retrouvons chez les patients de notre culture judéo-chrétienne — qui prend naturellement ses racines dans le passé — représentant, d'une part le père mauvais et séducteur, d'autre part le