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En matière de vieillissement psychique, plusieurs théories organisent la pensée des auteurs. Pour Freud [11], c'est la théorie du déclin, l'âge entraînant un affaiblissement du Moi et une baisse de l'énergie libidinale. Pour Abraham [1] et, récemment en France, pour Dedieu-Anglade [9] et Balier [4], l'extrême fréquence des troubles névrotiques tardifs fait poser la question de remaniements plus complexes, irréductibles à de simples phénomènes déficitaires. Bergeret [5] parle même d'une seconde crise d'adolescence. Dans ces conditions, que pouvonsnous comprendre aujourd'hui du vieillissement de l'appareil psychique?
Sans détailler chacune de ces positions, je voudrais d'abord rappeler l'idée de Freud [11], dire un mot du narcissisme obligé auquel est conduit le vieillard, rappeler la pesanteur du corps âgé et situer l'hypothèse de Bergeret [5], qui insiste sur l'importance et les conséquences du remaniement pulsionnel de la sénescence.
A l'âge de 69 ans (en 1925), S. Freud écrit à Lou Andreas-Salomé que le désir n'a plus chez lui la même intensité. Il poursuit: « Une carapace d'insensibilité se forme lentement autour de moi; je le constate sans m'en plaindre. C'est une évolution naturelle, une façon de commencer à devenir inorganique. C'est ce qu'on appelle, je crois, « détachement propre au grand âge ». Cela doit être en rapport avec un tournant décisif dans la relation entre les deux pulsions dont j'ai supposé l'existence. Le changement n'est peut-être pas très voyant, tout est resté aussi intéressant qu'autrefois; les qualités non plus n'ont pas subi de grandes modifications, mais il manque comme une sorte de résonance; moi qui ne suis pas musicien, j'y vois la même différence que quand on appuie ou non sur la pédale. La pression sensible et incessante d'une foule de sensations importunes doit avoir précipité cette situation… » Cette brève illustration de la théorie du déclin n'appellerait aucun commentaire si elle ne contenait en germe l'intuition d'un remaniement