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Le psychanalyste français des années 60 — et principalement celui qui participait au courant dit structuraliste — pensait volontiers les rapports de la pensée de S. Freud à celle de ses devanciers sur le mode de la rupture. Toute une époque se rallia au concept de « rupture épistémologique » que L. Althusser avait forgé jà propos de l'oeuvre de K. Marx (1965) et qu'il proposait d'étendre à la place de la théorie freudienne dans l'histoire de la pensée occidentale. L'insistance fut alors mise sur la différence radicale de S. Freud par rapport à la pensée de son temps: la révolution freudienne infligeait à l'homme occidental une blessure narcissique en l'obligeant à un nouveau décentrement. La pensée structuraliste fut une pensée de la discontinuité historique, ce fut la pensée d'une psychanalyse soucieuse d'affirmer son identité et de bien baliser son champ propre par rapport aux sciences humaines en pleine expansion.
Mais la structure étant à elle-même sa propre cause et sa propre origine, les recherches concernant la préhistoire de la théorie et de la pratique étaient condamnées d'avance.
Si une telle pensée eut l'incontestable intérêt de mettre l'accent sur la différence, le manque, la discontinuité, paramètres fondamentaux de la psychanalyse, elle courait le risque permanent que la différence se fasse clivage, que la discontinuité ne soit l'occasion du fétiche, que S. Freud ne soit idéalisé, promu « héros de pensée » et sorti quasiment du rien. Or la rupture n'est pensable que sur fond de continuité1.