You do not currently have permission to view the full text for this document. Please sign in to an account with an active subscription or contact support.
Un récit de science-fiction servira d'introduction à mon propos: Les yeux de la nuit, de John Varley1. Un Américain marginal, las de la civilisation industrielle, erre dans les Etats du Sud. Il pénètre par hasard dans une communauté surprenante, qu'il découvre presque exclusivement composée de sourds-aveugles. Cette communauté vise à vivre en circuit fermé sur elle-même. Ses membres se marient et se reproduisent entre eux, et ils cultivent et fabriquent ce dont ils ont besoin pour vivre, limitant les contacts avec l'extérieur à quelques échanges de première nécessité. Le voyageur est accueilli par une jeune fille de 14 ans, nue comme tous les habitants de ce territoire situé sous un climat chaud. Elle est un des rares enfants nés voyants-entendants et elle a appris à parler avant l'émigration de ses parents, handicapés sensoriels, vers cette communauté. En quelque sorte bilingue, elle sert au jeune homme d'interprète entre la langue anglaise possédée par celui-ci et le langage tactile utilisé dans la collectivité.
Le territoire est quadrillé par des canaux de circulation balisés de signaux tactiles. L'échange d'information se fait par le toucher et la grande sensibilité des autochtones aux vibrations de l'entourage leur permet de détecter à une certaine distance l'irruption de personnes étrangères ou d'événements insolites. Les repas, pris côte à côte dans un même réfectoire, sont l'occasion de rassembler et d'échanger les nouvelles. Puis vient la soirée dans un vaste salon-dortoir où, avant que chaque famille ne rejoigne son aire privée, prennent place d'autres communications non verbales, plus intenses, plus personnelles, plus affectives. Chacun s'accole corps contre corps auprès d'un partenaire, voire de plusieurs, pour le questionner, lui répondre, lui transmettre ses impressions et ses sentiments, sur un mode direct, non médiatisé,