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Pourquoi Freud a-t-il bien pu commencer Ma vie et la Psychanalyse par ces mots: « Je suis né le 6 mai 1856, en Moravie, une petite ville de la Tchécoslovaquie actuelle. Mes parents étaient juifs, moi-même suis demeuré juif » (c'est nous qui soulignons). D'ailleurs, un an plus tard, ne perçoit-on pas dans sa Lettre à la Société B'nai B'rith, en 1926, lun certain étonnement à propos de lui-même. Il y écrit qu'il a toujours considéré ses inclinations à l'enthousiasme national comme étant préjudiciables et fausses, pourtant, « toutes sortes de choses restaient pour rendre les juifs et le judaïsme irrésistibles: de nombreuses forces émotionnelles — d'autant plus puissantes qu'elles étaient moins exprimables en mots — de même que la conscience claire d'une identité intérieure et la sécurité intime d'une construction mentale commune ».
Il avait remarqué auparavant qu'il avait toujours été athée et qu'il avait été élevé sans religion mais qu'après 1895, lorsqu'il fut condamné à la solitude par ses découvertes, il s'était tourné vers ce cercle d'hommes à l'esprit élevé qui « le recevraient dans un esprit amical en dépit de sa témérité ».
Et puis, Freud ne se préparait-il pas à élaborer le complexe d'Œdipe et ne ressentait-il pas obscurément le besoin de s'étayer sur son groupe, pour reprendre une expression de René Kaës, avant de se révéler à lui-même les énigmes déchirantes de l'oracle? On sait qu'il s'agissait du meurtre du père et, en l'occurrence, il se peut bien qu'il ait eu besoin de rejoindre les Fils d'Israël. La solitude dont il parle si souvent, au-delà de celle qui concernait sa position au sein de la communauté scientifique, trouvait son origine dans la coupure grave qu'il s'imposait au cours de son auto-analyse. Nous comprenons mieux qu'il ait eu