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C'est l'histoire d'une jeune fille qui, par certains de ses symptômes (phobie, angoisse), déborde du cadre de l'hystérie tel que A. Jeanneau le propose, mais qui, me semble-t-il, y trouve aussi sa place par ses conflits centraux, ainsi que par la qualité du délire qu'elle manifesta à un moment très critique, semblable en tout point à celui décrit dans le rapport sur l'hystérie. Elle se situe à mi-chemin dans la ligne droite qui va, selon A. Jeanneau, de l'hystérie à la phobie.
Rachel a 20 ans quand, militante sioniste enthousiaste, elle part pour la guerre du Kippur, comme le ferait un jeune homme à l'esprit guerrier. Elle possède tous les atouts d'un jeune guerrier: solidement instruite en politique, elle est invincible dans les assemblées universitaires ou militantes où les orateurs les plus chevronnés ne peuvent résister à la vigueur de ses arguments et se voient réduits au silence; elle connaît aussi le maniement des armes et devance en précision ses camarades de sexe masculin. D'autre part, Rachel est cuirassée et impénétrable: belle, courtisée par tous, aucun ne peut se vanter ni d'avoir enflammé son coeur ni d'avoir obtenu ses faveurs. Elle en a séduit beaucoup mais, souvent au tout dernier moment, elle n'a pas «voulu» aller plus loin. C'est, croit-elle, parce qu'elle est consacrée aux idéaux de son père, rabbin encore capable de magnifiques paroles, mais dépassant les 80 ans, et ne pouvant désormais prendre d'autres armes que la prière.