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Qu'aurait fait Freud s'il avait rencontré Schreber, que ferions-nous, aujourd'hui? Cette double question est certes oiseuse, l'illustre président étant mort depuis plus de soixante ans et avant même la publication des Remarques.
On ne peut s'empêcher, néanmoins, de se la poser et de s'inquiéter, tant de la pratique de Freud avec ses patients paranoïaques que de celle que nous développons aujourd'hui, même si, l'une comme l'autre, ne ressemblent que de très loin au protocole de la cure.
Cette inquiétude est une manière, entre autres, de s'interroger à nouveau sur les rapports de la psychanalyse et de la psychiatrie et sur la légitimité d'une psychiatrie d'inspiration psychanalytique ou d'une psychanalyse appliquée à la psychiatrie.
Le problème n'a pas cessé de hanter Freud et il lui a donné selon le temps et les lieux des réponses différentes. Ouvrant le Congrès de Budapest en 1918, il prophétise la multiplication des dispensaires et des cliniques dirigés par des psychanalystes et où il faudra, un jour, mêler, à la manière de l'empereur Joseph, l'aide matérielle au soutien psychologique et à l'or pur de l'analyse le cuivre de la suggestion directe1.
A la même époque, dans l'Introduction à la psychanalyse, après avoir imité le rôle de la psychiatrie au diagnostic et au pronostic, ses traitements à des chimio ou à des physiothérapies et sa théorie à celle de la dégénérescence, il reconnaît qu'il n'y a rien dans la nature de la psychiatrie — sinon l'obstination des psychiatres — qui l'oppose à la psychanalyse