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Jean Guillaumin a récemment situé de façon très claire le problème théorique (et technique) posé par le statut de la représentation pour le psychanalyste d'aujourd'hui: comment, dans notre propre système de représentation, chercher à prendre en compte le défaut même de représentation, voire de représentabilité, dans le triple champ des figurations sensorielles, émotionnelles et verbales?
On sait que le paradoxe d'une activité psychique visant à sa propre extinction est chose farnilière pour les analystes s'intéressant aux fonctionnements psychotiques. Sa théorisation est assurément plus problématique, notamment en ce qu'elle conduit le psychanalyste qui s'y engage à un autre paradoxe, celui d'avoir à assumer une pensée « transgressée », tout en se voulant fidèle à l'héritage freudien.
Georges Orwell avait, semble-t-il, anticipé certains travaux psychanalytiques contemporains en prédisant pour 1984 un système sociopolitique que nous pourrions considérer comme une fiction de l'appareil psychique dans le registre de la psychose: le commissariat aux archives, en procédant à une activité inlassable de réécriture du passé, en effaçant minutieusement toute trace de l'existence des ennemis « vaporisés » par le pouvoir, ou des événements qui contrediraient la version actuelle, transforme l'Histoire en un palimpseste gratté et réécrit aussi souvent que nécessaire. Mais cette activité reste bien différente du travail du deuil et du souvenir. Ici, à l'opposé, nulle trace de l'opération de gommage n'est repérable, et donc aucun effet d'aprèscoup possible. Le passé se trouve ainsi aboli au profit d'un éternel présent, assez proche d'une activité hallucinatoire.
Orwell précise que ce travail de déni de la réalité et de clivage psychique (la double pensée) ne seront rendus complets que par un travail sur la langue elle-même; le langage, « taillé jusqu'à l'os », devenant parfait lorsqu'il sera devenu vide, pur bruit, caquetage de la pensée, sans aucune polysémie.