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Michel Fain nous parlait hier des « trous de mémoire »; j'aimerais poursuivre sur sa lancée et apporter aussi confirmation clinique à la contribution d'Alain Gibeault. Par ailleurs André Green nous rappelle que la représentation montre et masque dans un même temps. Il est des situations extrêmes qui nous confrontent à la perte de toute mémoire. Il ne s'agit plus de simples lacunes plus ou moins bien circonscrites, de souvenirs imprécis, de flou dans la mémoire: il s'agit plutôt d'amnésies tellement massives qu'elles peuvent en imposer pour un syndrome organique ou aggraver un syndrome organique déjà existant. La mémoire n'est plus que vide, absence de représentations: le préconscient est devenu trou!
Ce vide de souvenirs peut être masqué par un groupe de représentations qui occupent l'espace et l'envahissent parfois à la manière d'une obsession ou d'un stéréotype de pensée psychotique. Ce sera, par exemple, une phrase apparemment inerte, immuable comme la pierre et indéfiniment répétée; en elle-même dépourvue d'affects elle fera fonction de mur froid, paravent qui bloque toute autre activité représentative. Le bloc de représentations pétrifiées joue ici le rôle d'anti-mémoire et d'anti-pensée.
Christian David nous demandait (et je le paraphrase…): « Qu'est-ce qui se passe entre deux personnes pour que l'interprétation soit rendue possible et opérante, pour que quelque chose soit mobilisé à l'intérieur d'une relation analytique? » J'aimerais reprendre cette question à laquelle nous ne répondrons jamais vraiment et vous parler du traitement fort insolite d'une psychotique sans mémoire, vous raconter comment mémoire et activité représentative ont été mobilisées à la faveur d'une relation transférentielle, et malgré mon incrédulité fondamentale…
Un collègue psychiatre me demande de rencontrer une de ses malades. « J'ai en traitement une patiente qui m'a été confiée par un collègue, lequel l'avait lui-même reçue d'un autre collègue, etc. C'est