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Une femme encore jeune, 37 ans, commence son analyse, à sa première séance, par un souvenir, son premier souvenir dit-elle. « Je me vois dans une voiture avec mon père, ma mère, et sur ses genoux un bébé couvert d'une moustiquaire. Ma mère dit: « Attention, le bébé va étouffer là-dessous ». »
La patiente s'étonne, « Comment ma mère a-t-elle pu dire cela? Jamais un bébé n'est mort étouffé par une moustiquaire de tulle aux mailles lâches. » Et elle enchaîne: « Cela se passait en Allemagne, j'avais 3 ans et demi. L'allemand, je l'ai appris très vite comme tous les enfants, je le parlais très couramment… et pourtant je ne peux plus le parler — cependant je le comprends relativement très bien encore. Il faut que je vous raconte cette histoire qui m'étonne moi-même.
« Après la naissance de mon frère, ou très peu de temps après, nous sommes repartis tous les quatre dans un pays lointain, pays où je suis née — hors d'Europe. En arrivant là-bas, j'ai retrouvé une tante maternelle que j'aimais beaucoup et deux cousins germains de quatre et six ans mes aînés. Notre langue maternelle à tous est le russe et, en arrivant là-bas, je parlais surtout allemand; quelle honte, mes cousins m'ont surnommée « saucisson allemand ». En quelques jours, je ne savais, apparemment, plus un mot d'allemand.
« Mes parents ont été arrêtés et déportés tous les deux en 1942 (mais ça, c'est encore une autre longue histoire — ce sera pour plus tard) — je n'ai jamais eu de nouvelles. Ils ont sûrement été envoyés directement à la chambre à gaz — à moins qu'ils ne soient morts en route.
« Après leur déportation — j'avais 17 ans — je n'ai pas pu faire autrement que de faire de la Résistance — pour les venger sans doute, mais aussi pour me justifier. De quoi?…
« Un jour donc, car c'est à propos de la langue allemande que je vous