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« Notre tâche consiste seulement à traduire les résultats de l'observation en théorie et nous ne nous sentons pas obligés d'arriver du premier coup à une théorie bien polie… »
Chez un patient qui parle peu et rêve rarement, comment combler les lacunes d'un discours dans lequel les pensées latentes sont en retrait? Sans méconnaître le danger des théorisations préalables, il nous paraît important, si l'élaboration de la névrose de transfert a été suffisante, de privilégier le travail du rêve et les règles qui le régissent.
Anastase est un « blasphémateur ». Ce capitaine d'industrie vit dans la hantise du « trop parler » et du « trop montrer ». Les deux premières années de l'analyse, très silencieuses, sont occupées par un transfert paternel hostile. Jusqu'au jour où, brusquement, il fait surgir un chameau dans un rêve: « Une dune de sable; je suis dans un désert et je n'y suis pas seul. Un chameau arrive vers moi et me mord la main. Non, il ne me mord pas, il me tient par la main… il veut me guider. Je le renverse du haut de la dune. Je roule avec l'animal et je suis heureux de constater que je suis indemne. Lui, il est effondré sur le dos, je crois qu'il est mort. » Cette image l'excite. « Je ne vois pas d'où il sort, je n'ai pas vu de chameau depuis longtemps, je n'ai pas parlé de chameaux ces dernières semaines, je suis d'une génération où ce terme n'est guère utilisé… c'est mon grand-père maternel qui employait très fréquemment l'expression: chameau!…