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Un siècle après le séjour de Freud à la Salpêtrière, il faut se décider à dire sans blasphème que la psychanalyse périrait à rompre ses attaches avec la psychiatrie dont elle est née, et qui continue à la nourrir des seules questions qui l'animent concernant l'angoisse, la dépression, la persécution, l'obsession; et parce que ces peurs nous parlent mieux que tout de l'amour et de la haine, de la vie et de la mort. La psychiatrie, en retour, a puisé dans cette filiation un renouveau nécessaire à une explication profonde des données brutes de la réalité clinique, que la compréhension de l'inconscient et de l'organisation du Moi éclairent, en effet, d'un sens plus dynamique dans une distribution nouvelle.
L'erreur serait que ces échanges naturels tournent à la confusion des identités respectives. On ne dira donc jamais assez que les liens qui unissent psychanalyse et psychiatrie permettront d'espérer des relations d'autant plus fécondes entre les deux que les différences de l'une et l'autre se verront clairement définies.
Cela vaut d'abord au plan pratique, où la rigueur de la cure type peut seule inspirer sans s'y perdre ce qui relève d'autres exigences dans une autre situation. Et parce que la rencontre psychanalytique a convenu de ses limites, fussent-elles sans cesse remises en cause, quand la psychiatrie au contraire s'inscrit dans une conjoncture, dont il faut être indépendant, mais qu'on ne saurait choisir. Parce qu'en conséquence les réalités extérieures, pour importantes qu'elles soient parfois, ne concernent l'analyse que pour ce qu'il en est dit ce jour-là et dans cette réalité-là qu'est la relation transférentielle, alors que le psychiatre se doit de considérer, fût-ce pour n'en rien faire ou dire, la pesée des concrétudes. Aussi bien la démarche analytique se veutelle non thérapeutique, sans contradiction néanmoins avec une telle visée; l'action psychiatrique, au contraire, se faisant obligation de