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Combien justes me paraissent ces propos de Stendhal qui me reviennent à l'esprit au moment où je commence ce travail. Dans De l'Amour, il affirme que le remède à l'amour est presque impossible, que l'amoureux malheureux est un malade détourné des soins de sa conservation et donne à « l'ami guérisseur », force conseils pertinents et utiles à sa guérison.
Il n'est pas rare que l'ami guérisseur soit actuellement remplacé par le psychanalyste. Le psychanalyste d'aujourd'hui qui se plaît à reculer les bornes de l'impossible accepte d'écouter la douleur et, témoin indispensable, souvent réduit au silence et mis à dure épreuve, accompagne le patient jusqu'à la délivrance de son mal.
Dès les premiers entretiens, les plaintes douloureuses s'expriment par les mots: effondrement, chute, vertige, épuisement des forces vitales. Cette déperdition s'accroît de l'obligation d'avoir à déchiffrer une douloureuse énigme et la douleur s'augmente du constat de l'impuissance devant la tâche à accomplir.
A la lancinante interrogation du patient, va répondre celle embarrassée du psychanalyste. Qu'est-ce qui se cache derrière ce qu'on appelle communément « le chagrin d'amour »? Il faut constater que le patient ne présente pas de symptômes névrotiques, qu'il n'est pas endeuillé puisque l'objet de son amour est vivant, qu'il n'est pas mélancolique: la micromanie et les auto-accusations manquent, que le diagnostic de dépression est bien vague. La plupart du temps, le patient n'a pas de symptômes psychosomatiques, simplement une sensation de corps lourd comme celui d'un cadavre ou d'une machine qu'il faut manœuvrer péniblement. Finalement il pense qu'il s'agit d'un état intermédiaire, une névrose traumatique.