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Les sirènes sont des figures fascinantes de la féminité; créatures de rêve, elles ne cachent qu'à demi la contrepartie inquiétante de leur séduction. Le plus souvent, ce sont des femmes en proie à la violence, qui dévorent et détruisent les hommes qu'elles ont attirés. Moitié femme, moitié animal: la partie inférieure de leur corps recèle la violence de l'instinct à l'état brut, que les légendes tentent de circonscrire. Mais parfois, comme dans le conte d'Ondine ou celui de la petite sirène d'Andersen, elles révèlent tout autant l'impureté ou l'incompréhension de l'homme, et leurs aspirations contrariées vers l'humanité. C'est qu'il s'agit d'un mythe complexe, multiple, avec de nombreuses variantes qui prennent en compte différents aspects de la féminité et de l'accession à la maternité; d'un mythe, en définitive, presque universel. On rencontre en effet des sirènes depuis l'Antiquité jusqu'à nos jours: en Grèce, en Orient, en Inde, en Afrique noire, et bien sûr en Europe, dans les mythologies nordique, germanique et française. La « star », la « vamp », en sont des descendantes modernes, avec leurs voix charmeuses, leurs longues jambes et leurs hauts talons. Comment un psychanalyste ne serait-il pas sensible à un tel mythe, et au combat qui s'y déroule — auquel il se trouve quotidiennement confronté — associant sexualité, féminité, angoisse et violence?