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Une patiente héroïnomane, qui a réussi à poursuivre une analyse avec nous depuis plus de deux ans et semble s'en sortir, nous a un jour confié, au début de sa cure, cette phrase impressionnante, condensée et admirable pour sa clairvoyance: « Ça fait trop mal d'aimer. » Incapacité d'aimer, carence de l'idéal, jeu de cache-cache avec la douleur; ce sont pour nous les enjeux et les pièges essentiels de la toxicomanie.
Est-ce la raison pour laquelle nous avons été immédiatement séduit par le titre, également condensé et poétique, du livre de F. Gébéróvich: Une douleur irrésistible? Cette insistance sur la douleur et la qualité de la réflexion analytique, qui inspirent tout le livre, humanisent ainsi ce qui ne pourrait être qu'un dossier d'actualité, si nécessaire soit-il. Voici enfin un livre sur la drogue qui donne une authentique ivresse: celle du travail, du plaisir de comprendre, un vrai « voyage » de l'esprit. Certes, il ne faut pas idéaliser, et attendre d'un seul ouvrage toutes les solutions. Au moins celui-ci a-t-il le mérite d'énoncer clairement toutes les limites que rencontre le psychanalyste, et tous les points clés de la théorie analytique que le toxicomane interroge, sans fuite sociologique, phénoménologique, ni médicalisante. En effet, c'est probablement surtout au niveau théorique que le psychanalyste se sent interpellé et mis en question par le toxicomane, quelle que soit à l'occasion sa bonne volonté à son égard. Il se sent démuni des concepts efficaces pour penser et organiser une stratégie, désorienté devant une demande qui n'entre pas dans son cadre de référence habituel. D'où l'angoisse que provoque bien souvent ce type de patients, lorsqu'ils parviennent jusqu'à lui.
Au fil des chapitres, de nombreux thèmes sont abordés; la pulsion de mort, le narcissisme, le désir et le besoin, le traumatisme et la névrose actuelle, le masochisme, l'étayage, le maternel et le naturel (die Natur), etc. Mais l'insistance sur la douleur nous apparaît constituer en ell