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Parmi les écrits de Freud sur l'art, Gradiva est certainement un de ceux qui donnent le plus une impression esthétique, un sentiment de beauté, tant en ce qui concerne la qualité littéraire du commentaire critique de Freud que pour la découverte des concordances entre la nouvelle et la théorie psychanalytique. On a l'impression que, comme pour une très belle chanson, un musicien et un parolier de génie se sont associés pour élaborer une nouvelle œuvre à deux, supérieure à la simple somme des qualités de chacun. L'ensemble pourrait être qualifié de conte de fées psychanalytique, mais au sens positif du terme, avec tout le côté exemplaire que possèdent les contes de fées, et leur rôle dynamisant pour la psyché individuelle et collective.
Ceci pour dire qu'on ne pouvait attendre qu'avec un très grand intérêt et un très grand espoir un livre écrit sur ce texte. Il est à noter d'ailleurs qu'avant J. Bellemin-Noël, mis à part S. Viderman et S. Koffman (cités par l'auteur), très peu d'analystes ont été tentés d'écrire sur cet ouvrage. Est-ce la fascination liée au caractère esthétique que nous avons évoqué? Ce n'est sans doute pas un hasard si c'est un auteur qui se situe à mi-chemin entre l'analyse et la critique littéraire qui s'y est affronté.
L'histoire de Gradiva possède également la qualité d'un matériel qui, bien que littéraire, donne parfaitement l'illusion et la cohérence d'un cas clinique. Freud l'évoque à plusieurs reprises comme justification de son étude. Mais il s'agit d'un cas clinique qui serait raconté avec un talent dont hélas ne sont capables qu'un petit nombre d'analystes. Freud avait ce talent, manifeste dans les Cinq psychanalyses, et d'autres l'ont eu après lui, mais trop souvent cependant les écrits cliniques sont soit absents, soit trop fractionnaires, soit encore d'une platitude qui tient sans doute à la difficulté de faire sentir la surdétermination, l'extrême condensation des thèmes latents, ce que sait faire à merveille l'œuvre littéraire. C'est