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Tandis que j'écoutais les communications puis les interventions qui découpaient progressivement le profil de l'hystérique, des images s'imposaient à moi, images relatives à celle de mes patientes que je considère comme l' « Hystérique » (adjectif substantivé) la plus typique qu'il me fut donné d'analyser, la plus proche de la description si pertinente que nous fit Jacqueline Schaeffer. Or, cette patiente vint me trouver en exhibant comme un étendard la tragique histoire de son enfance puis de son adolescence : quasi violée par un cousin à l'âge de 9 ans, elle connut une liaison avec le frère de sa mère dès l'âge de 12 ans. Cette liaison lui était tacitement imposée par la mère : les indemnités assurées par le handicap mental dudit oncle assuraient le budget familial lourdement hypothéqué par l'alcoolisme paternel : il fallait donc garder l'oncle à la maison…
Traumatismes réels, à n'en pas douter ; version moderne des « traumas » évoqués par les patientes viennoises des Etudes sur l'hystérie. La « neurotica » aurait-elle encore cours malgré que Freud n'y eut plus cru ?
Nous ne pouvons, bien évidemment, que suivre Freud dans le cheminement qui le conduisit de la séduction « réelle » à la réalité psychique, au fantasme, à la sexualité infantile. Cependant l'observation que j'ai rapportée, malgré ou par son aspect caricatural, relance les interrogations sur la fonction des traumatismes « réels » dans la vie des hystériques. Dans mon expérience, en effet, beaucoup de ces patientes nous font part, à l'avant-plan de leurs souvenirs, d'expériences sexuelles traumatiques (les gestes incestueux des pères et oncles en sont un des exemples les plus fréquents). L'analyse permet de confirmer que ces scènes ont bien eu lieu.