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Il existe chez un petit nombre de nos patients une forme particulièrement pernicieuse d'auto-destruction, qui est, je pense, de la même nature qu'une toxicomanie : une toxicomanie dans laquelle frôler la mort jouerait le rôle de drogue. Elle domine leur vie et pendant de longues périodes commande autant le matériel amené en séance que le type de relation nouée avec l'analyste; elle domine leurs relations internes, leur soi-disant pensée et leur façon de communiquer avec eux-mêmes. Elle n'est pas une pulsion vers un apaisement comme le Nirvana, ni une forme de résolution des difficultés, dont elle doit être nettement distinguée.
Je suis sûre que le tableau que présentent ces patients vous est familier — dans leur vie extérieure, ils sont complètement absorbés par le désespoir et engagés dans des activités qui semblent destinées à les détruire, tant physiquement que psychiquement, comme, par exemple : un excès considérable de travail, l'absence presque totale de sommeil et de nourriture correcte, à moins qu'au contraire ils ne se gavent en cachette s'ils ont besoin de perdre du poids ; l'excès de boisson ; et peut-être la rupture de leurs relations.
Chez d'autres patients, ce type d'addiction est sans doute moins frappant dans leur vie extérieure mais il est tout aussi important dans leur relation à l'analyste et à l'analyse.
En tout cas, chez tous ces patients, le transfert est le lieu où s'exprime avec le plus d'évidence cette tendance à frôler la mort. Comme je vais le montrer dans cet article, ils apportent le matériel dans l'analyse de façon bien particulière ; par exemple, ils peuvent parler d'une manière qui semble calculée pour communiquer ou créer un sentiment de désespoir ou de déréliction en eux-mêmes et chez l'analyste, alors qu'apparemment