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L'établissement du lexique du langage d'une population peut renseigner sur sa perception du monde, sur les outils matériels et conceptuels de sa civilisation écrite ou orale.
Le lexicologue-traducteur rencontrera bien des problèmes :
— Il pourra être conduit à la formulation syntagmatique de paradigmes sans équivalent dans la langue d'arrivée.
— Il rencontrera des mots propres au génie de chaque langue empreint d'une humeur dont le franglais nous donne une idée. Il multipliera les distorsions impliquées par le scintillement d'emprunts insérés dans un contexte de consonance autre.
— Aidé par Rudolf Kleinpaul1, un érudit inépuisable et plaisant, il rêvera aux exemples de ravalement. Une version calomniatrice en effet va de l'ingeniutn latin jusqu'à l'ingannare italien, c'est-à-dire du génie, de l'ingéniosité à la tromperie. Le sens élogieux est ruiné lorsque la Einfalt (simplicité, naïveté) se mue en niaiserie, la Kühnheit (audace) en impertinence Frechheit et la Freiheit (liberté) en « libertinage » du français. Sous la baguette magique de Circé les compagnons d'Ulysse ainsi se métamorphosent. De l'antiphrase « une bonne raclée » à l'euphémisme « Ivan le terrible, notre petit père », les savants philosophes et philologues errent et les usagers rêvent. Allongé, un homme songe à la similitude liegen (être allongé) et lügen (mentir). Pour les anciens Romains mentitir, comminiscitur signifiait se laisser aller à imaginer. Les mauvaises langues en ont fait mentir. Certes, aufrichtig (droit) évoque la station debout par contraste avec les fabulations et les rêves de l'homme allongé.
Le thème désaveu-déni à proprement parler, ou plutôt « ne pas