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Le 2 août 15463 Etienne Dolet, l'un des premiers théoriciens de la traduction, était brûlé à Paris, place Maubert : la censure avait jugé que, dans sa traduction d'un texte de Platon, il avait mis en doute l'immortalité de l'âme. C'est là sans doute une brutale illustration de la redoutable charge que l'on peut faire peser sur les mots. Les critiques et commentaires suscités par la traduction des œuvres de Freud ont certes échappé à de telles passions, mais le récent livre de B. Bettelheim, Freud et l'âme humaine (1984), accuse violemment les traducteurs de la Standard Edition de trahir l'essence de la pensée de Freud : « Les appels de Freud à notre humanité se transforment, pour le lecteur anglais, en exposés abstraits, dépersonnalisés, théoriques à l'extrême, érudits, médicalisés, bref scientifiques. » Et si G. A. Goldschmidt (1983) peut écrire que le registre des termes allemands de Freud est à quelques exceptions près du vocabulaire de tout enfant de dix ans, alors que J. Laplanche (1984) ne dénombre pas moins de 700 concepts majeurs ou mineurs dans les écrits freudiens, on comprend que J.-B. Pontalis (1984) puisse dire de la traduction que c'est un métier impossible!
Sachant que Freud avait traduit plusieurs ouvrages, il nous a semblé intéressant d'examiner comment il avait abordé lui-même ces problèmes avec l'espoir qu'il pourrait ainsi apporter quelque lumière au débat. Or, en la matière, Freud ne nous a pas laissés démunis, et, disons-le tout de suite, avant d'être le génie que l'on sait, Freud a été un grand traducteur. E. Jones (1953) rapporte que « c'était pour lui une tâche agréable, car il était très doué pour ce travail… Son travail fut rapide et brillant ». Freud a traduit cinq ouvrages d'importance : le douzième volume des œuvres complètes de John Stuart Mill, paru à Vienne en 1880, qui comprenait entre autres un essai sur Platon ; le troisième volume des Leçons sur les maladies du système nerveux, en 1886, sous le titre Neue Vorlesungen über die Kran