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Schopenhauer, plaisantant mais sérieusement, disait qu'il y avait, en dehors de la lecture, plusieurs usages possibles d'un livre. Le propriétaire du dit objet pouvait combler un vide dans sa bibliothèque, l'offrir à une amie éclairée en allant prendre le thé chez elle, ou encore, et c'était l'usage le plus recommandable selon le philosophe, à tout lecteur qui ne voulait pas lire, d'en faire un compte rendu critique. A la différence de la critique qui cherche l'erreur et morcelle le corps du texte, la lecture en vise l'unité organique. Le lecteur doit lutter contre sa malveillance naturelle, le critique y succombe avec plaisir. Schopenhauer n'est certes pas un exemple : sa bienveillance est moins prouvée qu'énoncée. Elle ne peut sans doute d'ailleurs que représenter un idéal vis-à-vis duquel tous les essais de lecture ne seront que des approximations. A cet égard, la lecture de L'histoire de la sexualité de Michel Foucault risque d'être parfaitement approximative. Il faut dire tout d'abord que nos auteurs ne se soucient plus de l'unité organique de leurs livres. Nous vivons l'époque du fragment : nous avons lu des livres entiers consacrés au frisson que procure l'isolement du tout de la partie. La pensée de Foucault a été directement portée par un tel courant : n'a-t-il pas toujours mis en relation, dans pratiquement tous ses essais, deux ensembles discursifs dont l'un a stratégiquement exclu l'autre pour se constituer soi-même en tant qu'ensemble dominant ? Foucault s'est donné tout entier à l'analyse ingénieuse de cette domination. Il est bien évident qu'une telle méthode ne revendique jamais pour soi une quelconque unité, trop consciente du fait qu'une telle revendication tomberait d'elle-même dans la logique de la domination. Pour une telle pensée, pas de sérénité possible : toute unité annoncée engendre le soupçon immédiat d'une trame compliquée et trop aisément dissimulée. Foucault édifie d'ailleurs l'histoire de la sexualité à l'ombre de cette phrase de René