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Aurélien est un enfant psychotique et agité. Il a cinq ans quand je le vois pour la première fois. L'absence de développement du langage et de la communication, l'agitation et les cris incessants ont inquiété les parents qui ont abouti finalement dans un service psychiatrique bien équipé. Aurélien n'a pas pu rester dans la classe préélémentaire où sa mère a essayé, contre tout bon sens, de le maintenir. Il lui faut maintenant accepter que son fils entre dans une institution de jour spécialisée.
Elle est en psychothérapie, ce qu'elle a accepté pour aider Aurélien qui voit, lui-même, une psychothérapeute deux fois par semaine.
J'ai vu Aurélien en deux occasions avec ses parents. A la première consultation, sa mère, une jeune femme fine et frêle, était accompagnée de son mari, un grand gaillard qui n'entre pas dans « les détails psychologiques et la psychanalyse ». Nous pûmes parler longuement de leur passé, de leur mariage et de leur vie. Le fils aîné va bien. Aurélien était désiré. Il naquit sans la présence de son père, parti faire un stage pour une promotion professionnelle loin du domicile familial.
Sa mère donne un détail qui accroche l'attention : Aurélien n'a pas ouvert les yeux jusqu'à cinq jours. Elle s'en est trouvée étonnée, puis inquiète. On ne l'a pas prise au sérieux. Le bébé n'a ouvert les yeux qu'en présence de son père, c'est-à-dire plusieurs jours après sa naissance.
Voici un détail simple, d'abord affirmé par les deux parents, puis discuté, au cours de la deuxième entrevue par le père qui met en cause cette description précise. Cette viciation des échanges synchronisés d'œil à œil attire quand même l'attention pour sa valeur allégorique.