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A partir des enfants psychotiques on fabrique facilement des rêves, un conte, un désespoir, un poème. Il en est de fort beaux tout autant que stériles, mais, à partir d'eux, comment construire une pensée, une théorie ?
Cet exposé part d'une évidence souvent oubliée : celle de la différence radicale qu'il y a entre psychose infantile et psychose de l'adulte. Cette différence ne se résume pas à la date d'apparition et à l'incidence des psychoses infantiles sur le développement. Vingt ans d'expérience avec les enfants psychotiques m'ont fait mesurer l'échec des théories génétiques dès qu'il s'agit de donner un modèle de la psychose infantile qui rende compte de tous les paradoxes cliniques. Mon hypothèse est de les considérer comme des structures différentes de la représentance.
Alain Gibeault a bien montré au cours du colloque de Deauville de 1984 comment s'organisait chez le psychotique adulte un nouveau système de représentance (RFP, t. 49, n° 3, p. 762) : « La psychose témoigne en effet d'un échec dans le processus de contre-investissement de la satisfaction hallucinatoire du désir qui permet le fonctionnement du Pcs : d'où le surinvestissement de l'objet, son désinvestissement, et le surinvestissement défensif du langage qui représentent selon Freud une tentative de guérison ou de restitution permettant de récupérer des objets perdus. »
Chez l'enfant psychotique le fonctionnement est tout autre. Tout d'abord on ne peut pas parler d'objet perdu puisqu'il semble n'avoir jamais existé ni de régression (comme Freud l'affirme avec insistance à propos de la schizophrénie), ni même de fixation. Chez l'enfant psychotique il semble y avoir au contraire échec de l'hallucination de désir et prééminence de l'hallucination négative, nous y reviendrons