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La psychanalyse nous a familiarisés avec la singulière façon dont la libido refoulée d'un individu réussit, pour se satisfaire, à utiliser des mécanismes infantiles et des substitutions d'organes. Nous avons observé sous ce rapport que des fonctions aussi bien psychiques que physiques, et apparemment indépendantes de la sexualité, pouvaient, secondairement, être mises à sa disposition, c'est-à-dire être érotisées (par exemple les fonctions intestinales, ou la souffrance en tant qu'expression de la satisfaction et de la fixation de la libido accrochée au stade œdipien).
Depuis longtemps, nous nous sommes demandés jusqu'à quel point l'angoisse est susceptible d'être érotisée de façon analogue — possibilité d'autant plus réelle qu'il existe peut-être un rapport entre l'angoisse et la jouissance initiale, relation qui, à l'occasion, pourrait faciliter à la libido le recours à l'angoisse comme substitut de la jouissance.
Il est aisé de se rendre compte que l'infliction de la peur, soit dans l'imagination, soit dans les jeux ou dans le travail quotidien, est éprouvée, souvent même consciemment, par de nombreux individus comme une sorte de jouissance. Qu'on se rappelle les innombrables histoires de revenants effrayantes pour les enfants et souvent même pour les adultes, et qui, de ce fait, passent directement au service de la production de l'angoisse. Il en est de même, d'ailleurs, des descriptions dramatiques d'atrocités angoissantes, d'événements effrayants, d'accidents terribles, etc.
Il est à peine nécessaire de rappeler combien le comportement des hommes s'oriente systématiquement vers cette tendance à faire peur à autrui pour s'assurer l'obéissance; il s'agit là, en effet, d'un des éléments