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La vie quotidienne des hommes réputés en bonne santé est principalement assurée par une série d'automatismes. Une faible minorité d'actes et de paroles requièrent réflexion, délibération, effort volontaire, et même intervention de la conscience claire.
Il paraît intéressant de rechercher, dans la foule des faits et gestes machinaux, s'il ne se trouve pas à leur origine une conception se rapportant à la croyance magique. Au premier abord, il peut sembler que la vie courante de l'homme moyen civilisé est réglée par des données d'ordre scientifique, de provenance didactique ou empirique. Il s'y joint, chez ceux qui professent une conviction religieuse, des directives de croyance et de pratiques, en rapport clair avec leur foi. Ces mobiles sont, bien entendu, poussés et tiraillés par toutes sortes de forces affectives, conscientes et inconscientes.
Mais c'est dans ces dernières que nous pouvons observer l'intervention, méconnue par les intéressés, d'une attitude magicienne de l'esprit.
L'opération magique consiste, schématiquement, dans une exception imposée aux règles naturelles, aux lois scientifiques, grâce à la puissance infaillible, à peu près automatique, d'un procédé de coercition; c'est la forme de ce procédé qui importe avant tout et constitue le rite.
On a pu établir la croyance magique sur une conception métaphysique primitive, animiste, du monde et, partant de là, définir la magie : la stratégie de l'animisme (S. Reinach) ou la technique de l'animisme (Hubert et Mauss). Nous verrons plus loin si ce fondement de l'attitude magicienne ne peut être discuté.
En tout cas, la magie s'oppose aux attitudes religieuse et scientifique.