You do not currently have permission to view the full text for this document. Please sign in to an account with an active subscription or contact support.
Cet ouvrage magistral témoigne non seulement d'un labeur considérable et d'une vaste érudition, mais encore d'un sens très pénétrant de l'analyse et d'un goût ardent de la démonstration précise. Souvent, en suivant l'enchaînement des idées, il nous a semblé retrouver les qualités logiques du professeur Freud. Chaque détail est repris, mis en valeur et concourt avec une rigueur implacable à la démonstration poursuivie. Si par moments le lecteur eût préféré qu'on lui trace avec plus de concision les grands traits de la personnalité psychopathologique d'Edgar Poe, telle qu'elle apparaît dans sa vie et dans son œuvre, il faut avouer que cette concision n'eût pas été compatible avec la rigueur de démonstration que Mme Marie Bonaparte s'est imposée. Et comment reprocherions-nous le choix de la méthode adoptée puisque cette biographie poursuit avant tout un but d'érudition? Il ne nous reste, au contraire, qu'à féliciter l'auteur de la conscience et de la patience qu'elle a mises à l'édification de ce monument littéraire et psychanalytique.
Les trois cents premières pages environ sont consacrées au récit de la vie du poète, et chemin faisant Mme Marie Bonaparte analyse ces poèmes.
Edgar Poe était fils de comédiens ambulants. Son père abandonna les siens, sa mère mourut alors qu'il n'avait pas trois ans. Il fut recueilli par la famille John Allan, tandis que sa petite sœur, qui devait rester toute sa vie une débile mentale, fut adoptée par la famille Mackensie. Tout ceci se passait en 1811, à Richmond.
Cette mort tragique d'une mère phtisique abandonnée et dans la misère devait avoir un retentissement profond sur toute l'existence de Poe. Depuis ses premières flammes jusqu'à ses dernières amours, nous le verrons toujours resté fixé au même type de femme : cheveux noirs, grands yeux noirs, teint pâle et un mélange de distinction et de langueur romantique.
La nostalgie de la mère morte se marque encore par ce besoin d'associer toujours l'amour à la mort. Toute l'âpre mélancolie de