You do not currently have permission to view the full text for this document. Please sign in to an account with an active subscription or contact support.
Roger Perron insistait, dans sa présentation orale, sur le rôle fondateur du manque dans la symbolisation. Que se passerait-il donc si le manque venait à manquer, si la satisfaction pulsionnelle ne recontrait pas d'entrave et pouvait s'exercer sans limites? Serait-il possible que néanmoins sujet et objet se constituent ou, au contraire, l'absence de cette butée empêcherait-elle l'organisation de la matrice du fantasme?
J'aimerais ici remercier Michèle et Roger Perron pour leur travail si précis qui, dans l'après-coup, donne un sens à d'autres textes et notamment à une lecture très récente et stimulante du livre Le parfum de P. Suskind. Réciproquement, j'ai envie de leur proposer, en échange, cette histoire dont le parti pris fictionnel met en scène une sorte de situation expérimentale où peut s'exercer le modèle de compréhension qu'ils nous offrent, un objet de pensée auquel ils peuvent appliquer leur théorie.
La vie du héros étale en effet dans le temps un moment archaïque que nous prêtons au tout premier développement du bébé, qui se trouve ainsi étendu dans la durée et plus aisément observable. Ce ralenti est lié à un artifice : l'isolement chez le héros de la pulsion olfactive comme unique pulsion érotisée. Le plaisir de sentir étant le seul but de la pulsion, et l'organe olfactif étant développé à un degré surnaturel, il n'y a pas d'entrave à une jouissance à reconnaître et varier les sensations.
J.-B. Grenouille vient au monde au XVIIIe siècle, dans un lieu proche du cimetière des Innocents, un jour étouffant de juillet, en plein midi. Sa mère, poissonnière, accouche debout devant son étal où le nouveau-né tombe à terre parmi les déchets de poissons.
Il aurait dû y mourir, comme les autres avortons qui l'avaient précédé. Sa mère ne voulait pas de ses enfants bâtards, rêvant au contraire au temps béni de l'avenir où, mariée, elle aurait alors de « vrais » enfants. Mais le petit hurle par terre. On l'entend, on s'empresse, on le découvre. La mère, qu'il a ainsi déno