You do not currently have permission to view the full text for this document. Please sign in to an account with an active subscription or contact support.
« Oui, pourquoi avons-nous tué la mort?… Ils l'avaient tous oublié. »
Evoquer le travail analytique dans le temps sombre, le temps mort le temps de mort et des morts des dictatures latino-américaines, n'est pas une tâche facile. Les événements sont encore très récents. Les blessures sont encore ouvertes. Les situations extrêmes constituent un défi pour la pensée. Le moment, peut-être, est déjà venu pour essayer d'y réfléchir.
Les quelques remarques qui suivent, vont à la recherche d'une question : quelles sont les relations de la séance d'analyse et de la réalité? question, qui en se formulant, ouvre encore une autre : quelle est la réalité propre d'une séance d'analyse? Ces questions nous viennent, elles surgissent dans un horizon particulièrement trouble : de quelle façon ce qu'on a appelé, et à juste titre, la terreur d'Etat, peut-elle atteindre les conditions d'existence de l'expérience analytique? Comment le pouvoir de l'horreur menace-t-il mortellement la parole dans la situation d'analyse?
Penser l'horreur est une tâche pénible. Nous ne pouvons plus, cependant, nous y soustraire. L'évocation de la prison et de la torture est devenue, pour de nombreux analystes latino-américains, un aspect fréquent du traumatisme psychique. L'élaboration de la situation psychologique créée par la « disparition » d'un être cher — le père, le mari, une sœur — en est une autre.
L'analyste, avec son patient, sont donc amenés à cette expérience difficile : en essayant de penser l'horreur, ils côtoient, nécessairement, l'horreur de penser. Expérience d'autant plus ardue dans la mesure où « le penser » lui-même, celui de l'analyste et celui de son patient, a subi les conséquences de cette horreur. Les dictatures latino-américaines de la dernière décennie ont bouleversé de fond en comble le système symbolique