You do not currently have permission to view the full text for this document. Please sign in to an account with an active subscription or contact support.
L'irruption sur la scène psychique de l'annonce de la réalité d'une atteinte somatique constitue toujours une révélation traumatique. Celle-ci peut entraîner, dans un premier temps, la sidération de la psyché puis, selon les individus, des remaniements variables. S'il s'agit d'une atteinte somatique durable, voire irréversible, la place dévolue à la maladie dans le fonctionnement mental général peut se révéler envahissante, trahissant le poids de réalité incontournable qui pèse sur l'activité psychique tout entière.
De fait, nous savons tous par expérience combien il est difficile de « rester vivant », lorsque nous pratiquons la psychanalyse, selon l'expression de D. W. Winnicott1, si nous sommes affectés par un trouble somatique transitoire ou plus durable. L'irritation de la gorge qui va entraîner brutalement une quinte de toux irrépressible ou la suite d'éternuements impossibles à maîtriser altèrent nécessairement la qualité de notre attention flottante. Que dire alors de la lutte qui s'instaure lorsque nous sommes la proie d'une douleur insistante qui concentre sur elle une énergie d'investissement — c'est-à-dire de contre-investissement — dont nous ne pouvons que ressentir le manque quant à notre liberté fantasmatique du moment? Les éventuelles répercussions de notre état sur la qualité des associations de notre patient pourront nous retenir, tout comme elles seront parfois purement et simplement scotomisées.
Les manifestations intempestives de notre corps constituent, il est vrai, une transgression — involontaire? — infligée aux données du cadre analytique.