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J'ai eu l'occasion, en étudiant l'Idéal du Moi, que l'on peut définir en partie du moins comme étant le projet du Moi, de distinguer deux formes de celui-ci. L'une tend à intégrer toutes les étapes de l'évolution vers l'Œdipe et la génitalité. Le projet du Moi sera alors — si on le décrit schématiquement — de devenir comme l'objet de la mère, c'est-à-dire le père, afin de réaliser, dans l'avenir, l'inceste. Le vœu incestueux ne serait pas seulement porté par un désir sexuel mais essentiellement soutenu par un désir fondamental de retour aux origines. La deuxième forme d'Idéal du Moi — de projet du Moi — serait d'atteindre le même but en évitant l'évolution, la lente et douloureuse maturation et l'identification au père. Il y aurait ainsi pour l'Idéal du Moi une voie longue et une voie courte. Historiquement la voie courte, construite sur le court-circuitage, l'escamotage, l'évitement, est liée à l'illusion d'une économie possible de l'évolution, à l'absence d'une idéalisation de la figure paternelle qui accompagne le fait de le prendre pour modèle. Avec d'autres, j'ai insisté sur le rôle de la mère dans ce destin de l'Idéal du Moi et du leurre dans lequel elle maintient l'enfant : tel qu'il est, dans sa petitesse, et le caractère prégénital et non fécondant de sa sexualité, il n'a rien à envier à son père, car il peut être pour elle un partenaire sexuel adéquat.
Ce schéma conduit essentiellement à la perversion. Et c'est bien d'elle que je suis partie. Mais la perversion est une forme d'acting out et j'en suis arrivée aujourd'hui à penser que tout ce qui favorise chez l'enfant le frayage de la voie courte favorise, du même coup, l'acting out et, de