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Je voudrais dédier cet exposé à la mémoire de Micheline Martin, notre collègue, psychiatre et analyste, qui a travaillé avec moi dans le cadre d'une thérapeutique enseignante avec une schizophrène, Nadja, dont nous avions parlé ici même et qui, par les troubles du langage que cette malade présentait, m'a permis de réfléchir sur un des points du drame du langage dans la schizophrénie.
Je réserve plus particulièrement mes réflexions sur ce sujet précis, pour notre Revue, à la demande des directeurs. Je n'envisagerai donc que la généralité de l'homme problématisé par le langage dans la pratique théorique qu'est la psychanalyse. En dehors de son jargon qui découle le plus souvent d'une épistémologie appliquée laborieusement à l'œuvre de Freud sans le souci de la carrière sémantique des mots allemands, de la langue allemande, par laquelle Freud a décidé d'être, c'est-à-dire que, comme tout écrivain authentique, dans le drame de sa langue, Freud a admis, dès l'écriture, les médiations incertaines de la traduction, la possibilité des transpositions, des synonymies, comme des apophonies… mais certainement pas les réifications de vocabulaire qui conduisent toujours aux langues de bois, aux techniques de bois, aux idéologies; la psychanalyse donc, en dehors de ce jargon, est une entrée dramatique dans le langage.
Parler du langage est devenu une tâche ardue, la scientificité linguistique renvoyant la langue — mais qu'elle — à sa propre autonomie de système, a opéré de tels clivages d'exclusion, qu'il est devenu audacieux, voire intempestif, de se passer d'elle, mieux encore, de la mettre en état critique.
Je n'ai jamais été sensible à l'aventure du signifiant et de l'algorithme lacaniens; dès le départ, j'en ai été un adversaire déclaré; tout ce que j'avais reçu de la poésie, dans la pratique même que j'en avais, s'opposait à ces déclarations ouvragées et maniérées d'école; opposer le langage à la vie m'a toujours paru une démission. Toute une époque, celle de l'après-guerre, s'