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Ce travail est un essai sur la problématique orale dans ses rapports avec la vie fantasmatique. L'expression utilisée pour son titre se retrouve à plusieurs reprises sous la plume de Freud dans la dernière partie de Totem et tabou, quand il évoque le repas totémique, lors de la phase cannibalique de l'humanité, phase ayant pour correspondant, chez l'individu, un stade précoce du développement psychosexuel qui se laisse reconstituer avec une suffisante vraisemblance. L'oralité, avec sa double appartenance aux domaines du besoin et du désir, constitue dès le commencement de la vie une activité mettant en jeu une fonction vitale essentielle, l'alimentation, sur laquelle vient s'étayer la pulsion sexuelle à son premier stade de développement. Le processus d'incorporation, dont l'oralité fournit le modèle, montre une intrication des buts pulsionnels, faim et amour, si Ton considère la première théorie des pulsions de Freud, et une intrication de la libido et de l'agressivité si l'on se tourne vers l'opposition pulsions de vie - pulsions de mort, puisqu'à ce stade l'anéantissement de l'objet coïncide avec l'emprise amoureuse.
La représentation dans la vie psychique du dilemme organique manger-être mangé se retrouve notamment sous la forme de fantasmes de dévoration, non seulement dans les cas pathologiques extrêmes comme la mélancolie ou l'anorexie mentale, mais encore dans le cours de toute analyse, soit sous forme de fantasmes préconscients considérés comme précurseurs de symptômes hystériques, soit plutôt sous forme de fantasmes inconscients tels qu'on les découvre par l'analyse, comme étant le noyau du rêve par exemple.
Les psychanalystes d'enfants nous ont appris l'existence de fantasmes de destruction par dévoration chez de tout jeunes enfants. On sait depuis Melanie Klein que la peur de l'enfant d'être dévoré est une composante régulière de sa vie mentale, même en l'absence de toute menace comme premier temps traumatique. Un fantasme de dévoration pourrait y prédispo