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Le point de vue que je vais tenter d'adopter ici est de l'ordre de la vision binoculaire chère à Bion. Il comporte des aspects de modélisation qui me sont personnels et péchera, sans nul doute en ce qui concerne l'accommodation. Il prend naturellement son principal étayage sur Freud, mais il doit aussi beaucoup à maints autres auteurs, en particulier M. Klein, W. R. Bion, D. Meltzer, J. Bégoin, D. Braunschweig, M. Fain, A. Green et tous les auteurs qui ont contribué à l'ouvrage sur la sexualité féminine publié sous la direction de J. Chasseguet-Smirgel. On voudra bien me pardonner de ne citer ici que les points de vue nécessaires à l'étayage et à l'avancée de mon argumentation, afin de ne pas alourdir un texte déjà quelque peu ardu.
a / Dans un article publié en 1981 [1], je notais que le bon développement des pulsions épistémophiliques me paraissait dépendre davantage de la relation du Moi avec les objets parentaux que n'en dépendait l'expression des pulsions sadiques. Evoquant le Léonard de Freud [2] et le très bel ouvrage d'Ilse Barande sur Le maternel singulier [3], je me demandais si la nostalgie poignante de Freud dans le Léonard n'était pas en relation avec cette époque de la vie où les pulsions sadiques ne venaient pas encore gâcher la découverte émerveillée du monde par le bébé dans le sourire de sa mère, Joconde (femme) ou Sainte Anne (mère).
b / En 1984, à propos d'un cas clinique illustrant la pathologie de la fille à l'adolescence [4], je notais l'importance, pour l'accession à une organisation psychosexuelle véritablement génitale chez la femme, de la différenciation des représentations inconscientes du vagin et de l'utérus, ainsi que de leurs rapports respectifs aux principes de plaisir-déplaisir et de réalité.
c / En 1985, lors d'une conférence présentée à la Société psychanalytique de Paris [5], j'exprimais mon malaise à propos de la difficulté de représenter la féminité sans la réifier sur le modèle phallique-narci