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Tracé de l'écriture comme espoir d'une trace de la vie. Cette suite de signes noirs ou bleus sur la page blanche devient une sorte de partition: la lire en fera peut-être jaillir une musique - celle des fragments d'existence que l'auteur a transformés ici en langage.
Dès l'adolescence, ces lignes de prose ou ces vers auxquels je me risquais naïvement se proposaient — sans que je pusse alors le savoir — de métamorphoser en un futur présent indéfiniment ravivé, revivifié par la lecture, un présent déjà passé au moment où mes mots s'efforçaient d'en saisir la saveur ou le sens.
D'une certaine façon, tout roman n'est-il pas une autobiographie plus ou moins masquée? Qu'il le sache ou non, l'auteur ne projette-t-il pas sur ses personnages et dans les événements de leur destin les diverses possibilités de sa propre personnalité, les diverses instances de sa psyché? Expérience vécue ou fantasmes venus du plus profond ne nourrissent-ils pas cette autobiographie revêtue d'un voile à transparence variable ou demeurée à l'arrière-plan d'un monde qui l'occulte? Emma figure autobiographique de Gustave.
Dans mon enfance, ma grand-mère maternelle me contait sa propre enfance de fillette émerveillée et misérable, affamée et ignorante. Sans doute contait-elle si bien, sans doute l'écoutais-je si bien que, dans le souvenir de mon enfance protégée, le souvenir de la sienne si éprouvée demeure profondément inscrit.
Cette double inscription dans la mémoire, ce double jeu du temps perdu-sauvé (perdu par le temps de l'existence, sauvé par le temps de la mémoire puis par celui de la parole, enfin par le temps de l'écriture), je les