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C'était un lien de qualité que l'amitié de Jacques Mynard. Il ne la livrait pas à la légère. Aucune ombre n'a terni celle qui me liait à lui.
Il y avait en lui du style. Une noblesse. Elle transparaissait dans ses goûts; dans son amour du beau, du travail bien fait, de la chose bien dite, du savoir approfondi et de l'accord si difficile et si passionnant à trouver entre le penser juste et le bien dire; dans l'extrême discrétion, dans la dignité rare qu'il préserva jusqu'au terme de la longue maladie qui l'accablait; dans la courageuse authenticité de ses choix; enfin dans l'ardeur pondérée qu'il consacrait à ce qu'il aimait, et qu'il voua en particulier à la psychanalyse: n'avait-il pas, pour elle, changé sa vie et abandonné une activité où déjà il excellait?
Cela lui valait comme une seconde jeunesse. Je crois que nous avions à peu près le même âge et j'appréciais à mon tour l'accord de la jeunesse et de la maturité qui fait l'esprit de découverte.
Parce qu'il aimait écrire — et il le prouva — il savait lire. Plusieurs fois, il fut pour moi, qualité si rare, un critique amical, encourageant, précis.
C'est ainsi qu'un jour, en 1959, au Congrès de Copenhague, alors que j'allais présenter mon rapport avec Nacht sur les états dépressifs, je me sentais insatisfait du texte — non pas que les idées fussent à reprendre, mais l'agencement laissait à désirer, il fallait, disent les marins, carguer la voile. Jacques me confirma mon sentiment. Cela m'encouragea à démonter le texte, à le recouper et, presque à la dernière minute, comme cela arrive, a trouver le joint précis des articulations internes.
Un souvenir encore, et qui nous enchantait, de ce même Congrès, où nos chemins s'étaient rapprochés. Pas plus l'un que l'autre nous n'aimions les foules. Nous avions loué une petite voiture et nous partions à la découverte du Danemark (ce n'est pas long) entre les séances. Il y eut visite à Elseneur. L'élite psychanalytique au grand complet s'en allait caresser le souvenir d'un fameux